Je sais qu'on n'est plus dimanche mais je vais quand même vous raconter ce que j'ai fait dimanche 7 avril 2013. Alors voilà... Dimanche matin 5h15, pendant que vous vous pelotonniez (plus facile à faire qu'à dire) en nuisette de soie bleue moirée dans les bras de votre amoureux viril (par viril j'entends moquette sur le torse et poil aux pattes), je me levais un peu fébrile pour me précipiter sous la douche et m'enduire de crème aux endroits stratégiques de frottement. Et là, le lectorat de s'émoustiller et de s'exclamer : Mmmm, ça promet d'être chaud ce billet. Avec les températures qu'il fait, ça va nous réchauffer... Mais comme pour le soufflé, l'émoustillement va vite retomber. Après l'écrèmage le crémage, j'enfile mon soutif, mon T-shirt à manches courtes, mon T-shirt à manches longues, mon collant court et mes chaussettes (tout ça de compèt, bien sûr) sans oublier mon slip fétiche. J'ai fini par jeter celui qui avait un trou car des fois que je serais recueillie par un bel éphèbe en tenue ininflammable, je ne voudrais pas me taper la honte. Me voilà fine prête. 5h30, je descends prendre mon petit déjeuner. Le mien n'aura rien à envier au vôtre : une grande tasse de rooïbos (le thé m'est interdit depuis que mon taux de fer est descendu à 2) et 3 parts de gâteau au chocolat. Mais attention, ce gâteau-là est spécial car il s'appelle : gatosport. Ca a l'allure, la couleur et l'odeur d'un gâteau au chocolat mais c'est en fait un gâteau au chocolat ENERGETIQUE. Toute seule devant ma tasse, je mâche lentement le gatosport pas très convaincue tout de même. 6h00, je suis écoeurée du gatosport. 6h08 (environ), j'enlève mon T-shirt à manches longues et j'épingle avec une précision d'horloger suisse mon dossard : 38774. Je le positionne exactement au milieu du T-shirt sinon, ça me perturbe. Qui a dit que j'étais maniaque voire psycho-rigide ? Skipper, pas la peine de nier, je t'ai reconnue sous tes faux airs de fausse blonde. Bon, le dossard est accroché. Je fais quoi maintenant ? Je suis en avance sur le timing. Ben, je vais aller faire un petit pipi, ce sera toujours ça de gagné. 6h15, Ken descend déjeuner. Il parle peu et c'est mieux comme cela car il sent que je suis un peu (si peu ?) stressée. 6h30, je commence à tourner de plus en plus en rond. Je retourne aux toilettes. 6h40, Ken décide qu'il est temps de partir. Gloups, j'ai oublié de me laver les dents. Vite je monte le faire au cas où un bel éphèbe encasqué devrait me ranimer par la bouche. On n'est jamais trop prudent ! Je refais un petit pipi. 6h45, nous sommes dans la voiture. En chemin, Ken file un coup de frein, je crie, je tremble de tout mon corps musclé et mon palpitant s'excite à fond : J'ai failli écraser un pigeon, me dit Ken. Non mais depuis quand Ken a-t-il décidé de jouer les Bougrain-Dubourg ? On s'en fiche du piaf, un de perdu, 10 de revenus. Déjà qu'hier, il a essayé de me dissuader de courir avec des méthodes peu avouables mais au point où on en est, balançons. Il a d'abord posé sa chaise avec tout son poids sur mon pied au moment de se mettre à table. J'ai hurlé, forcément. Ensuite, comme je résistais, alors que je faisais la vaisselle, il m'a cogné le front en ouvrant la porte du placard. D'habitude, il me prévient avec amour qu'il faut que je baisse la tête mais là, que nenni, il y est allé franco (avec du recul et en l'écrivant aujourd'hui, c'est plutôt drôle). Bref, tout ça pour dire que je suis au taquet. 6h50, nous arrivons au RER. Ken me laisse toute seule pour me retrouver plus tard sur les Champs lorsqu'il aura garé la voiture. J'attends ma copine d'infortune en tenue et son mari. 6h55, ils arrivent. Nous montons sur le quai où nous retrouvons un autre copain en tenue lui aussi. Et là, nous attendons le RER qui ne vient pas alors qu'il était prévu à 7h. Pendant que le mari prend des photos, nous grelottons, essayons de blaguer, de nous détendre mais la tension monte surtout que le quai cache d'autres sportifs. Le soleil tente de se lever mais sans grande conviction. 7h15, le RER arrive. Heureusement, que nous avions prévu large. 7h40, nous arrivons à Charles-de-Gaulle-Etoile, en haut des Champs Elysées. Mais que se passe-t-il ? Nous ne sommes pas tout seuls. Depuis le quai du RER, nous sommes entourés de sportifs. Ca sent la crème d'échauffement, le baume du tigre, la transpiration (eh oui, déjà !) Tels les moutons de Panurge, nous suivons la lente progression des sportifs vers le bd Foch pour déposer nos sacs. Pause !

Vous l'avez sans doute deviné, dimanche j'ai couru mon 1er marathon et pas le plus moche en plus. Celui de Paris.

Je vais vous la faire courte maintenant sinon, on en n'a pour 4h25 de course à pied. Et je doute que vous ayez autant de temps à me consacrer. Alors après avoir retrouvé Ken et un autre copain de galère et avoir déposé les sacs, arrêt aux sanisettes. Il y en a au moins 30 mais elles sont déjà toute prises de court. Tant pis, nous faisons la queue dans notre sac poubelle pour nous protéger du froid. On prend des photos, on photographie ses voisin(e)s, surtout avant la course car après... Une fois soulagé(e)s, nous nous dirigeons vers les Champs-Elysées. Le rond point de l'Etoile est pris d'assaut par les coureurs, ça parle toutes les langues, ça photographie, ça chante, et Paris s'éveille avec un joli lever de soleil sur l'Arc de Triomphe. Il faut bien une compensation. 8h45, le temps défile vite. Le sas des préférentiels, enfin celui des champions, donc pas le mien, part. Nous ne sommes toujours pas dans notre sas. 9h00, nous sommes enfin dans notre sas et nous attendons notre tour. J'ai encore envie de faire pipi. Pas le choix, je fais sur les Champs. C'est le privilège des coureurs de marathon. 9h25, ça y est, c'est à nous. Et voilà nous pouvons enfin laisser nos pieds faire le reste du job. La tête prendra le relais au 30ème quand le physique aura du mal à suivre. Ah mais, crotte de bique à poils longs, ma montre n'a pas démarré. Zut de zut de zut, ce n'était pas le jour. Tant pis, je vais courir au feeling, qui sait, ce sera peut-être mieux. Voilà, Paris est à nous, pas de voiture, que des gens qui nous encouragent sur le côté, des pancartes, des vivas, des pompiers en tenue sur la grande échelle ou en rang d'oignons, des sourires, des enfants qui tendent leur petite main pour que les coureurs tapent dedans (je n'en ai pas loupé une). A peine 2 km, j'ai déjà et encore envie de faire pipi. Tant pis, je m'arrête derrière le mur du jardin des Tuileries (encore un privilège des coureurs de marathon) qui longe la rue de Rivoli. Je ne suis pas seule, des Japonaises s'y sont également cachées et nous éclatons de rire d'avoir eu la même idée. Je reprends la course. La Bastille pointe son nez, ça grouille de monde. Premier ravitaillement, je prends une bouteille que je finis bien consciencieusement comme me l'a répété mon copain de course à pied : Barbie, tu fais TOUS les ravitaillements sans exception et tu FINIS ta bouteille ! Au 7ème km, je manque Ken et le mari. J'avais oublié où ils étaient. Nous abordons Vincennes. Beurk ! C'est moche, triste, y'a personne. Je prends un coup de blues et il reste encore 37 km. J'attends le prochain ravitaillement du 15ème km qui se trouve en fait presque au 16ème, c'est malin de faire des blagues pareilles. Allez, encore un petit pipi. Ben oui, c'est comme ça mais c'est neveux car en règle générale, je ne fais jamais d'escale technique lors des courses en compétition. Promis, c'est le dernier car le pipi suivant a eu lieu vers 15h30 à la maison. Vers le 18ème km, je retrouve Ken. Enfin, c'est surtout lui qui me voit. Il court quelques mètres avec moi, je lui donne ma montre qui ne marche pas et je continue vaille que vaille. La foule est proche des coureurs et s'enthousiasme à chaque passage. Ca fait du bien après la traversée du désert de Vincennes. L'arche de la distance du semi-marathon est en vue. C'est bon, ça va, le moral est au beau fixe, comme le temps, je commence à avoir une douleur à la cuisse droite mais je n'y pense pas. Le plus dur va arriver mais ça va le faire. Et puis je me motive, au 31ème km, il y aura des encouragements plus personnels. Nous entamons la portion sur les quais. Déjà des coureurs marchent. Mauvais signe ! Je ne me laisse pas influencer. Il est hors de question que je marche, non mais ! Dans les sorties de tunnel, je m'accroche au goudron, je tire sur les bras, je baisse la tête et j'avance. Trop facile ! J'enchaîne les bouteilles d'eau que je prends par paire depuis le ravitaillement du 15-16ème km. Il fait bon, la foule est en liesse. 31ème km, j'aperçois une pancarte avec Allez Maman ! Mais qui tient cette pancarte ? Mon mini-Ken et derrière lui toute la famille : mini-Barbie, ma Maman, Skipper qui s'égosille à mon passage avec sa pancarte Allez Barbie !, son amoureux, mon Papa avec l'oeil derrière l'appareil photo et Ken qui court encore quelques mètres avec moi. Ah, ce que ça fait du bien. Rien qu'en le racontant j'en ai les larmes aux yeux comme sur la course. 32ème km, plus que 10 et ce sera fini. La tactique est maintenant simple : je compte à rebours et j'attends les échéances : ravito au 35ème, copain au 37ème, copine au 39ème, ravito au 40ème, famille complète au 41ème et arrivée au 42ème 195. L'allure a baissé. La douleur de la cuisse droite se fait plus présente. J'ai aussi mal au pied, vers le gros orteil alors je fais attention où je cours, j'évite les pavés, les irrégularités du parcours. Ca passe. Auteuil est passé, le bois de Boulogne sent bon l'arrivée prochaine malgré la petite côte. Les copains sont présents aux RdV et m'accompagnent quelques centaines de mètres, ça fait du bien. Dernier ravitaillement, dernier gel (Red tonic). 41ème, les larmes sont là car la famille est là et encourage, tout comme le public plus nombreux. Tout s'intensifie jusqu'à la ligne d'arrivée : plus de monde, plus de coureurs, plus de bruits, plus de musique, plus d'agitation, plus de bras qui s'élèvent et plus de larmes. Allez encore un effort, et voilà, je passe sous l'arche d'arrivée. 42,195 km courus en 4h25. Je suis très fière. Une dame avec un carnet m'alpague pour donner mes impressions sur la course. Le lendemain, je vis mon petit moment de gloire avec un petit article sur le site internet de la journaliste qui m'a interviewée la veille. Je fais maintenant partie de la grande famille des marathoniens. Pour certains coureurs, si tu n'as jamais couru de marathon, tu n'es pas un "vrai" coureur. Franchement, je ne vois pas la différence. A partir du moment où tu cours, tu es un coureur quelle que soit la distance. Ce qui compte c'est d'aller au bout de son objectif !

Voici, en quelques chiffres et lettres, mon marathon : 42,195 km, 4h25 de course sans marcher, 12 semaines d'entraînement, 4 entraînements par semaine d'1 heure minimum, environ 45 km par semaine, 3,30 litres d'eau avalées sur le parcours, 5 gels aux goûts divers et variés, 2 litres d'eau par jour la semaine précédant le marathon et au moins 1 kg de pâtes, 1 contracture du mollet + tendinite 1 semaine à peine avant le marathon mais soignées à temps par une amie-kiné-marathonienne (heureusement), 1 ampoule géante au pied droit et 1 ampoule sous l'ongle au pied gauche. Je n'oublie pas surtout 1 mari compréhensif et présent sur le parcours, des enfants encourageants qui se sont levés plus tôt que d'habitude un dimanche matin mais qui étaient sur le parcours et à l'arrivée, une soeur et son amoureux motivés et encourageants, un Papa et une Maman montés spécialement de la Bretagne pour m'encourager, une Belle-Maman restée à la maison pour m'encourager à distance, des copains encourageants (on dirait les remerciements lors de la remise des Césars). Et enfin, 1 T-shirt (c'est vrai que je n'en ai pas beaucoup, je fais si peu de compétition...) et 1 médaille (c'est vrai que je n'en ai pas beaucoup, je fais si peu de compétition...).

 

photoPhoto de MON T-shirt à moi

photo (1)Photo de MA médaille à moi que j'ai gagnée à la sueur de mon front et à la force de mes jambes sveltes et musclées

 

- Barbie, reporter sportive envoyée tout spécialement sur le parcours du marathon de Paris 2013 -

PS : si vous avez versé une petite larme en lisant ce récit, c'est normal, ça me fait le même effet.