Dans la série "Nos amies les bêtes", je vais à nouveau vous raconter un épisode de ma vie très pidante. Il n'y a pas si longtemps de cela, un midi, je sers du saumon à mini-Ken et à son copain que je nourris tous les mardis dans les échanges consentis d'enfants entre Mamans à l'heure du déjeuner pour éviter le repas à la cantine qui n'est pas toujours au top. Nous profitons des rayons du soleil, qui à l'époque était très généreux, en déjeunant sur la terrasse. Ce détail n'a aucune incidence sur l'histoire mais c'est pour faire genre "Je situe l'action et comme ça, ça me fait des lignes en plus pour ma rédaction". Le copain mange avec rapidité pendant que mini-Ken déguste. La dernière bouchée avalée, il me regarde ébahi : "Maman, j'ai avalé une arête". "Pô grave, tu te bourres de pain, tu bois de l'eau, tu déglutis, tu avales tout ce qui traîne et ça devrait le faire, déclare-je nullement inquiète. On sent dans la réponse que la vie n'a pas épargnée cette Maman baroudeuse qui a vu bien pire (cf. l'épisode du moucheron). Mini-Ken insiste car quand même, y'a un truc qui le gêne dans la gorge. Décidément, à Barbieland, la gêne, c'est génétique (ben quoi, c'est drôle, non ?). Je fais fi de sa remarque pensant que l'arête au passage a dû irriter la gorge, d'où une légère douleur. Je l'envoie à l'école me persuadant et le persuadant qu'il penserait à autre chose une fois en classe (on dirait Ken qui me fait le coup du "mais ch'te dis que y'a rien dans ton oeil"). Au pire, si vraiment il avait mal, il irait voir l'infirmière. Une heure se passe et mon téléphone retentit : "Bonjour Madame Barbie, c'est l'infirmière de l'école. Vous savez pourquoi je vous appelle ?" "Ben je crois oui passe ke la valise d'RTL, c'est déjà passé." je rigole mais pas tant que ça finalement. Je raccroche, range 2-3 trucs, prépare le carnet de santé de mini-Ken, les clés du carrosse et je pars chercher mini-Ken qui m'attend à l'infirmerie avec son cartable et sa blouse. Nous rentrons. Je prends un livre au cas où j'aurais à rester en bivouac à l'hôpital et nous faisons route vers l'hôpital Ambroise Paré à Boulogne. Comme nous connaissons les lieux (nous y sommes abonnés depuis plusieurs années grâce aux enfants), nous nous dirigeons directement et sans hésitation vers le service des urgences pédiatriques et nous attendons sagement notre tour. J'ai à peine le temps de m'installer confortablement sur les chaises raides du couloir d'attente, qu'une infirmière s'approche de nous. J'explique le problème et aussitôt, elle nous accompagne dans le bureau de l'interne de service. Zut, je n'ai pas eu le temps d'ouvrir mon livre. Après les questions administratives et physiques classiques, nous ré-expliquons le problème. Elle ausculte tant bien que mal la gorge de mini-Ken avec son abaisse-langue mais en vain. Y'a rien ! Oui mais y'a un truc quand même qui gêne. Pas de panique, Monique ! L'interne essaie de contacter le service ORL qui a déjà plié les gaules. "Pô grave, vous allez aller à l'hôpital Necker, au service des urgences ORL ! L'interne est prévenu, il vous attend." Mazette, ça ne rigole plus là. Entre temps, je préviens Ken que je cours les hôpitaux. Hop, je mets mon GPS interné dans ma tête en marche et en avant Guingamp nous roulons vers l'hôpital Necker près de Montparnasse. Prochaine étape, trouver une place pour le carrosse. Ouf, c'est mon jour de chance, il y en a une qui vient de se libérer et qui est pratiquement à l'entrée de l'hôpital (comme dans les films. Vous avez remarqué, quand les acteurs se garent, ils ne cherchent jamais de place...). Sauf que quelques minutes plus tard, ce n'est plus mon jour de chance car le service des urgences ORL est à l'opposé de l'entrée... Ni une, ni deux, telle Ariane, je déroule mon fil tout au long du labyrinthe jusqu'au service des urgences ORL sans passer par la case départ et sans recevoir 20 000 FRF (soit environ 3 000 € de nos sous d'aujourd'hui). Après 10 bonnes minutes de marche, nous arrivons enfin au service qui nous concerne. A nouveau, je décline le pedigree de mini-Ken, je résume le pourquoi du comment de notre présence et la gentille infirmière réceptionniste nous demande de patienter. Ah, enfin, je vais pouvoir sortir mon livre. J'ai à peine lu 2 pages que l'interne arrive. Re je décline le pedigree de mini-Ken, re je résume le pourquoi du comment de notre présence et re l'interne ausculte la gorge avec son abaisse-langue mais sans plus de succès. Et là, aux grands maux, les grands remèdes, il décide d'introduire une micro-caméra dans le nez de mini-Ken afin d'explorer sa gorge. Je sais que par la gorge cela aurait été plus rapide mais les chemins les plus courts ne sont pas toujours les meilleurs. Si on avait pris le raccourci, l'interne aurait pu se retrouver avec carrément le saumon sur les genoux. Pas fou le gars, il ne prend aucun risque inconsidéré car il a fait des études d'ORL poussées. Donc, voici mon mini-Ken transformé en acteur de cinéma médical. Attention, action, silence, ça tourne ! Pour dédramatiser le passage de la mini-caméra (passe ke c'est un peu désagréable quand même), l'interne demande à mini-Ken s'il voit l'intérieur de son nez à l'écran. Et là, avec beaucoup de naturel, mini-Ken dit : Beurk, je vois une crotte ! OK, mini-Ken ne semble pas traumatisé du tout. Hum, c'est mon fils, il est mignon, non ?, pense-je un peu honteuse. Les enfants sont vraiment formidables ! Bref, l'interne reprend le contrôle de la caméra et continue son exploration. A un moment très furtif, il voit un petit truc blanc mais sans gravité. Après quelques minutes de spéléologie gutturale, il en conclut que l'arête a dû irriter la gorge. Il retourne à son bureau, griffonne 2-3 médocs à prendre pour éviter toute infection et nous conseille de revenir dans 3 jours (il doit connaître le truc du moucheron qui se désagrège au bout de 3 jours) si la douleur persiste pour passer aux choses sérieuses, à savoir intervention chirurgicale. Et là, forcément, vous avez du mal à avaler l'info qui reste coincée en travers de la gorge : "Ca va aller madame ? Oui, oui, c'est bon, pas de problème". Au final, plus de peur que de mal, l'arête avait visiblement irrité la gorge car au bout de 3 jours, la douleur avait disparu. J'ai tout de même passé l'après-midi à ne rien faire sinon effectuer la tournée des urgences médicales par une agréable après-midi ensoleillée (si j'avais su j'en aurais plus profité car le soleil aujourd'hui, ce n'est plus ça, ma brav' dam'). Avec du recul, je m'aperçois que nous avons passé plus de temps à répondre à des questions administratives et à raconter le pourquoi du comment de notre présence qu'à vraiment intervenir médicalement sur le coinçage de l'arête. Je n'ai même pas avancé la lecture de mon roman, franchement, je suis déçue. D'ailleurs, à chaque fois que j'ai dû emmener les Minis aux urgences, je n'ai jamais réussi à lire 5 pages. Un comble tout de même !

Bref, tout ça pour dire que je soupçonne mini-Ken de m'avoir trouvé une activité pour occuper mon après-midi. Comme vous le savez, les enfants sont formidables et inventifs. Quand ils sentent que vous vous installez dans une certaine routine quotidienne, ils vous trouvent une activité qui, de préférence, sort du lot. Un truc que vous n'avez encore jamais fait. Bien sûr, ils choisissent toujours un moment où vous n'avez rien à faire comme préparer une fête de famille tout en gérant l'arrivée des grands-parents, réceptionnant Jolie Maman à la gare, optimisant le temps pour pouvoir faire 15 lessives et repasser dans la foulée, penser aux différents repas jusqu'à la fête de famille, accompagner l'un de vos enfants au cross car vous aviez promis à la maîtresse, etc. Bref, vous imaginez le tableau.

arête
Photo subtilisée sur la toile mondiale

- Barbie, ostéologue ichthyique à ses heures perdues -

PS : le poisson qui illustre ce billet est une barbue barbie... car il est rose. OK, j'"arête" mes blagues à deux balles.