C'est sur la pointe des pieds que je débute ce billet car je réalise que je n'ai pas bafouillé depuis la dernière fois qui remonte à...eh oui à presque Mathusalem. Comme le temps passe vite ! Entre temps, vous avez jeté votre dévolu sur d'autres blogs plus fidèles (et c'est justifié), vous avez vous-même écrit au minimum 100 billets (que je n'ai pas pris la peine de lire, shame on me!), vos enfants viennent d'avoir leur 1ère dent (et peut-être avez-vous eu votre 1er dentier vous-même. Allez, je rigole, on peut se lacher un peu, non ?) ou sont sur le point de convoler en justes noces (alors que vous fêtez vos noces de chêne. Ah, c'est beau l'amour !), vous avez déménagé 2 fois déjà... Bref, vous vous êtes occupé pendant ma trêve épistolaire. Alors quelles sont mes excuses cette fois-ci ? Aucune ! Juste de la négligence avec une pointe de "j'ai rien à dire" et de "il ne se passe rien dans ma vie de blonde qui vaille le coup d'être raconté". Sauf que aujourd'hui, j'ai de quoi vous rassasier, gentil lectorat. Là, j'essaie de racoler les lectrices-teurs, comme pour les élections présidentielles. Tout lecteur est bon à prendre quel que soit le moyen de conviction et de persuasion. Alors oui, il est frais mon billet du jour ! C'est le meilleur ! Votez pour moi ! Euh non, lisez-moi serait plus approprié. Je vais donc vous conter comment ma vie a failli basculer en quelques secondes la semaine dernière. OK, j'exagère un peu mais je vous laisse juger par vous-même une fois que vous aurez lu ma missive.

Donc, cette année, comme tous les 2 ans, nous avons passé une semaine de vacances sur l'île de Ré : ses bourrasques, sa pluie, ses montagnes, sa choucroute, son dépaysement. Bref, c'est sympa et c'est pour cela qu'on y retourne. Comme toujours, nous faisons des balades à vélo histoire d'affiner le cuisseau et de respirer l'air iodé en alternace avec la course à pied contre vents et marées sur le sable plus ou moins (surtout plus en l'occurrence) mou au risque de s'enfoncer de 30 cm minimum et de revenir avec une carrière de sable dans les chaussures. Cela étant dit, c'est sympa et c'est pour cela qu'on y retourne ("Quelle maso cette Barbie", pensez-vous à juste titre). Cependant jeudi, la balade à bicloune a pris une autre tournure. Alors que je pédalais, insouciante, heureuse, amoureuse de Ken, le mec le plus sympa et courtois et attentionné de tout l'univers (n'ayons pas peur des mots) tout en pensant à divers trucs du style (dans le désordre) :

    • j'aime la vie au grand air,
    • j'adore le vélo,
    • les enfants sont formidables,
    • j'adore rencontrer des gens,
    • la vie est belle,
    • je suis belle (oups, je m'égare mais c'est l'élan et en plus j'avais le vent dans le dos),
    • le poisson c'est super bon, je pourrais en manger toute ma vie,
    • je pourrais passer le reste de ma vie à Ré,
    • la nature, quelle trouvaille, c'est génial !

Voilà t'y pas qu'une saleté de biiiiiiiiiip de biiiiiiiiiiiiiiiip de moucheron fonce droit sur moi. Franchement, il a les marais pour lui tout seul et il se permet de remonter à contre-sens la piste cyclable où je pédale à fond les ballons. Forcément, il s'incruste dans mon oeil droit. Forcément, je ferme les yeux. Heureusement, je rouvre le gauche. Forcément, je m'arrête pour demander de l'aide à Ken qui me voit lui faire de l'oeil. Il regarde à 5 m de distance et déclare : "Mais, non, y'a rien". "Mais moi je te dis que si, y'a une saleté de biiiiiiiiiip de biiiiiiiiiiiiiiiip de moucheron !" "Mais, non" "Mais, oui". Bref, un dialogue digne d'un tube de Mylène Farmer, et je m'y connais dans les classiques musicaux. Après frottements intensifs de l'oeil, larmes plus ou moins forcées (dans ces cas-là, vous rêvez de recevoir une bonne paire de baffes pour chialer un bon coup mais Ken refuse tout net pour ne pas être poursuivi pour violence sur sa femme, un comble !), examen plus ou moins (moins en l'occurrence) appronfondi dudit oeil, vous ré-enfourchez votre vélo en ayant la sensation d'être habitée par un corps étranger. Vous vous raisonnez car la saleté de biiiiiiiiiip de biiiiiiiiiiiiiiiip de moucheron a certainement dû déjà partir. Quand même, vous clignez de l'oeil droit en permanence sur 2 km. Ken est déjà loin devant mais quand même, il décide de vous attendre. A nouveau, vous lui demandez de vous regarder intensément dans les yeux, surtout le droit, d'inonder l'oeil avec l'eau de votre gourde (sauf que vous détestez ouvrir les yeux sous l'eau) et tant pis si vous mourrez de soif sur le bord de la piste cyclable, de chercher la petite bête, bref, de vous aider. Mais là, contre toute attente, vous vous énervez. L'oeil vous brûle intensément, un truc roule sous la paupière (Mais y'a rien, ch'te dis !). De rage, vous balancez votre vélo tout en pensant à divers trucs du style (toujours dans le désordre) :

    • Ken est le mec le plus goujat de tout l'univers,
    • je déteste la nature,
    • je suis moche (non, je ne suis pas emportée par l'élan, car je suis vraiment lamentable à voir avec l'oeil rouge qui pleure, les cheveux en bataille et j'en passe)
    • les enfants sont pénibles et capricieux,
    • j'aime pas le poisson à cause des arêtes (à l'occasion, il faudra que je vous conte un épisode de ma vie très pidante à ce sujet)
    • je préfère la vie urbaine et son air pollué,
    • l'ïle de Ré, c'est nul et y'a trop de gens,
    • et en plus, j'aime pas le vélo, ça fait mal aux fesses.

Bref, après avoir remis en question ma vie, je décide, à contre coeur, de suivre Ken qui me guidera sur le reste de notre parcours de vie commune comme un chien guide un aveugle. Tout en pédalant, j'imagine ma nouvelle vie avec un cache-oeil comme les corsaires (après tout je suis Bretonne !), un monde en 1 dimension, une carrière d'écrivain qui relate ses mésaventures (je vais copier-coller tous mes billets pour en faire un livre, bonne idée, non ?) qui seront traduites dans toutes les langues. OK, ok, on a le droit de délirer un peu ! Arrivés à Ars, son petit clocher atypique, son petit port, ses petites rues, sa petite boutique de crêpes trop bonnes, Ken et sa blonde, c'est-à-dire nous, foncent à la pharmacie. Pendant que j'explique ma mésaventure, Ken est pendu à son mobile pour un appel professionnel (ben, t'es grande, t'as une langue pour expliquer ce qui t'arrive et pis ch'te dis qu'ya rien). Le pharmacien, pas plus inspiré que Ken, me file du sérum phy et du collyre et débrouille-toi avec ça. Merci pour votre soutien ! Ken, qui vient de dégreffer son mobile de son oreille, essaie tant bien que mal de mettre des gouttes dans mon oeil que je ferme car, je le répète, je ne sais pas ouvrir les yeux sous l'eau et j'ai horreur qu'on mette des trucs dans mes yeux (et pour cause, j'ai souvent le compas dans l'oeil donc je sais de quoi je parle). Après palabres et gesticulations, je me laisse persuader et me persuade que la saleté de biiiiiiiiiip de biiiiiiiiiiiiiiiip de moucheron a définitivement quitté mon oeil. J'y crois très fort !!! Même si je sens toujours une gêne. Nous en concluons que j'ai irrité mon oeil. OK, j'y crois très fort. Nous rejoignons nos amis et les enfants qui nous attendent pour le goûter. J'avale ma crêpe super bonne, je tente une petite pointe d'humour pour dédramatiser, Ken en conclut que tout va bien et que je suis une bonne actrice de cinéma. OK, y'a que la foi qui sauve. Après avoir repris nos esprits, nous reprenons nos biclounes et en avant Guingamp. Je pédale en pensant à divers trucs du style : finalement la vie n'est pas si moche que ça, les enfants sont quand même mignons, Ken est toujours mon amoureux, et tutti quanti mais avec toujours une gêne. Je n'ose pas frotter mon oeil car je sens un truc sous la paupière, c'est sûr. Le lendemain, en me douchant, je réussis à me mettre du shampooing dans ledit oeil, forcément, ça ne pouvait pas être le gauche, sinon, ce ne serait pas drôle. Mais rien n'y fait. Y'a toujours un truc qui me gêne. Pendant 3 jours, je fais bonne figure, persuadée que la saleté de biiiiiiiiiip de biiiiiiiiiiiiiiiip de moucheron est partie même si y'a un truc qui me gêne sous la paupière, je nettoie et désinfecte avec les produits miraculeux du pharmacien et j'y crois toujours très fort. Avec le temps, je n'y penserai plus et en fait, c'est juste l'oeil qui est irrité. Sauf que, rebondissement ! Dans la nuit de samedi à dimanche, après notre retour de Ré sous une pluie battante et après avoir frotté mon oeil en permanence passe ke quand même, y'a un truc qui me gêne, je suis réveillée par une douleur dans l'oeil. "Saleté de biiiiiiiiiip de biiiiiiiiiiiiiiiip de moucheron, sors de mon corps !" Je me précipite dans la salle de bain en marchant à tâtons passe ke pas bien réveillée et passe ke douleur aussi et je m'empare du coton et du sérum phy. Je frotte, je frotte et qu'est-ce que je vois pas sur le coton ? Ma saleté de biiiiiiiiiip de biiiiiiiiiiiiiiiip de moucheron en kit. Des tout petits bouts du moucheron ! Ah, tu vois que j'avais raison, Raymond ! Toute fière, je réveille Ken, y'a pas de raison qu'il ne partage pas ma joie, pour lui montrer les restes du moucheron. Un peu dans le coltard, il ne peut que constater les preuves. Bon aujourd'hui, on en rigole mais je peux vous dire que je suis soulagée. Non seulement je n'ai plus mal mais en plus je ne suis pas folle. Je sais que la chute est courte après tout ce récit mais c'est pour que ce soit plus palpitant. Et encore, vous avez de la chance, j'ai fait court car j'aurais pu aussi vous raconter tout ce que j'avais fait pendant les 3 jours précédant le dénouement. Depuis, je peux vous dire que je vois la vie d'un autre oeil, c'est le cas de le dire.

moucheron

Saleté de biiiiiiiiiip de biiiiiiiiiiiiiiiip de moucheron (photo subtilisée sur la toile mondiale)

- Barbie, cycliste émérite et vaillante -