...mais 21km100, ça use aussi et pas que les souliers. Ah, mes petites poulettes adorées (s'il y a des poulets qui me lisent, ils sont aussi adorés) si vous saviez comme j'ai pensé à vous dimanche dernier, comme je vous ai enviées, comme je vous ai maudites aussi.
Bah pourquoi ?
Ben passe que vous étiez bien au chaud sous votre couette avec la pile de livres que je vous avais conseillée pendant que je me pelais sur le bitume parisien à courir après le temps. OK, je sais, personne ne m'a forcée mais quand même. D'ailleurs, je pense que je n'étais pas la seule à me demander ce que je faisais à 10h du matin devant l'esplanade du château de Vincennes ! Nous étions au moins, oh oui, au moins ça. Allez, à la louche si je compte le nombre de jambes que je divise par 2, il y avait au moins 25 000 coureurs et coureuses. Rien que ça ! Ça fait du monde, c'est moi qui vous le dis. Et heureusement finalement, car tout ce petit monde bien agglutiné sur la ligne de départ, ça permettait de se tenir au chaud.
Car oui, il a fait froid et très froid même. Pourtant, j'ai l'habitude de courir par temps froid mais un froid comme celui de dimanche, ouilleyouyouille ! En fait, ce n'était pas tant le temps froid que le petit vent glacial qui gelait mon petit corps transi et musclé. Quant à mes doigts sveltes... Le matin, un peu dans la précipitation, j'avais pris les gants de soie de Ken au lieu des miens. Et comme ses doigts sont beaucoup plus grands que les miens, je vous laisse imaginer l'allure que j'aurais eu avec des gants qui auraient pendouillé presque jusque sur le bitume, au risque de me faire chuter. Donc, pas de gants, pas de... pas de... Eh bien pas de doigts réchauffés. Allez, ç'est pas grave, on tire sur les manches longues du maillot, ça le fera bien pendant tout le trajet. Cela dit, au bout d'un moment, on remonte les manches car on a trop chaud. Ensuite, on les rabaisse car petit vent glacial. Ensuite, on les remonte car encore trop chaud. Et comme cela pendant 21km100. Au moins, ça occupe l'esprit car pendant 21km100, je peux vous dire que vous gambergez souvent. Alors dans le désordre, voici la liste de mes gambergages pendant le trajet :
- Mais qu'est-ce que je fous là ?
- Zut, j'ai oublié de mettre ma culotte préférée pour la course à pied.
- L'année prochaine, j'arrête la course, je prends des cours de couturage.
- Tiens, la nana devant moi, elle a mis un string. Beurk ! Pas hygiénique et pas pratique de courir avec une ficelle dans les fesses.
- Mmmm, pas mal le mec devant. Une fois le mec dépassé : Ouais, bof, finalement, il est mieux de dos ou alors : Ah ouais, pas mal du tout, même de face. Je vais peut-être courir à sa hauteur. Il n'y a pas de mal à se faire du bien (on se motive comme on peut).
- Bon alors qu'est-ce que je vais faire à manger ce soir ? Une bonne soupe !
- Elle est où la ligne bleue que je la suive. L'entraîneur a dit se de tenir le plus près possible de cette ligne sinon, on se rajoute des mètres. Ah, elle est là, à droite.
- Non mais là, c'est bon, j'en ai ma dose. Fini les courses à pied !
- Ah oui, il faut qu'on invite les Machins et les Bidules à dîner. Je pourrais faire un osso bucco. Mmmmmmm, trop bon.
- Non mais là, c'est la dernière course que je fais. De toute façon, je ne suis pas faite pour la course à pied. Je suis nulle, je fais des temps de m....
- Ah, ce que c'est agréable de courir. On se sent bien. Quand on a fini de courir, on sait pourquoi on a couru. Et puis profiter de Paris quand il n'y a pas de voiture, c'est plutôt sympa. C'est pour cela que je fais des courses, pour voir la vie autrement.
- Quand je pense que les premiers sont déjà arrivés, les veinards. J'en ai encore au moins pour 45 minutes !
- Tiens, un orchestre de cors de chasse. Superbe ! Et avant, les tambours du Bronx de Vincennes, c'était entraînant. C'est décidé, l'année prochaine, je me remets au piano. En plus, on est au chaud pour ce genre d'activités pas comme la course à pied...
- Ah, mince, je sens la crampe qui monte. Mais non, tu te fais une idée, allez, continue tu n'as pas mal. T'as fait le plus dur. Il te reste 5km, t'as qu'à compter à rebours, c'est plus motivant. 5km, c'est rien quand tu en as déjà fait 16. Ouais mais en fait il reste 5km et surtout 100 mètres.
C'était un petit échantillonnage mais km après km de gambergage, finalement, on arrive à l'arrivée. Hein ? Quoi ? Déjà ? Non mais ça va pas là, je suis à peine échauffée. C'est déjà fini et en plus, je ne suis pas essoufflée et je n'ai mal nulle part. Euh, menteuse ! Tu as une crampe qui te chatouille la cuisse musclée gauche et ton épaule te fait un mal de chien. Ouais, peut-être mais c'est peanuts ! (it is cacahuètes, for the English readers).
Et c'est à l'arrivée que vous réalisez que tous vos efforts paient, paieront, devraient payer, auraient dû payer, ... sont réduits à néant !!!!!! Oui, mesdames (et sieurs), 2 mois d'entraînement pour ne pas être récompensée à juste titre.
Bah pourquoi ?
Passe que à 300m de l'arrivée, vous ne pouvez plus avancer.
Bah pourquoi ?
Passe :

  • que tout le monde est arrivé en même temps que vous (aucune personnalité, ces coureurs et reuses),
  • que l'arrivée se fait sur 6m de large (je vous laisse calculer le nombre de coureurs au m²),
  • que le ravitaillement post-course se situe à 3m derrière la ligne d'arrivée (tout ça pour un petit bout de banane et un quartier d'orange),
  • que les organisateurs doivent récupérer la précieuse puce qui a comptabilisé votre précieux temps (et la puce est solidement arrimée à votre chaussure avec 3 nœuds et passage complet sous le lacet pour ne pas la perdre en cours de route),
  • que vous voulez récupérer votre médaille (j'ai payé, j'ai couru, je suis arrivé, j'y ai droit),
  • que vous voulez aussi récupérer 2-3 bouteilles d'eau et de boisson énergétique (c'est gratos, on en profite et pis, il fait soif quand même).

Résultat des courses : 10 minutes créditées à mon temps d'arrivée. Et 10mn, c'est énorme ! Alors moi je dis que le temps qui compte c'est le temps de ma montre. Et ma montre, elle disait 2h03??sec (on s'en fout des secondes à mon niveau) !
Et là, vous recommencez à gamberger :
- Alors, c'est quoi ma prochaine course ?
- Et si je faisais les 20km de Paris ?
- J'aimerais bien refaire un trail. Les courses dans la nature c'est bien agréable et meilleur pour mon corps... (comment il est mon corps ? Il est MUS-CLÉ. Ah, c'est bon de se faire mal pour se faire du bien).
- Ah oui, mais il y a aussi le Paris-Versailles que j'aimerais refaire.
- Et puis aussi la Parisienne. Il faut que je m'inscrive dès demain.
- Finalement, je ne vais pas faire couturage. Trop risqué. Je suis cap' de me coudre le pouce avec le tissu ou d'inverser les manches à l'assemblage. En plus, je ne sais jamais dans quel sens prendre le tissu.

Même si je n'ai pas vu vos banderoles d'encouragement sur le parcours, j'avais en mémoire vos petits messages de soutien qui m'ont permis d'aller jusqu'au bout. Pas de podium (il faut être Kenyanne ou Ethiopienne pour y accéder, elles sont trop fortes ces athlètes) mais un bisou de mon Ken et surtout un coupe-vent pour patienter avant de se voir remettre la médaille, le bout de banane, le quartier d'orange, la bouteille d'eau et celle de boisson énergétique. Sans oublier de rendre la précieuse puce qui contient un temps erroné. Je peux vous donner ma montre à la place, non ?

- Barbie -